Ministre de l'Intérieur
Conseiller régional de Nouvelle Aquitaine
«Si le parti change, il donnera à nouveau envie de voter pour lui»

 

 

Comment expliquez-vous la défaite historique du PS au premier tour des élections législatives?

C’est une déroute incontestable qui s’explique par plusieurs facteurs. Le système institutionnel et l’hyper Vème République ont conduit à ce que désormais l’élection parlementaire ne soit plus qu’une sorte de confirmation du résultat de l’élection présidentielle. Cela dévitalise le Parlement et créé des effets de vague massifs parfaitement préjudiciables à la démocratie parce qu’ils interdisent la construction de coalitions. La pratique actuelle ne fera d’ailleurs que renforcer cela avec une hyper personnalisation du pouvoir et un Parlement qui sera soumis et largement exécutant. Le deuxième aspect, c’est l’usure de la gauche après ce quinquennat au cours duquel malgré les réalisations, un certain nombre de fondamentaux ont été perdus de vue, avec une dérive de la social-démocratie vers l’accompagnement du néo-libéralisme. Cela a créé de l’incompréhension. La différence entre la gauche et la droite n’était pas toujours perceptible, et quand la gauche ne parle plus à la gauche elle finit par disparaître. Un certain nombre de débats ont fait exploser la gauche notamment autour de la déchéance de nationalité. Cela se paie cash dans les urnes. Ma famille politique n’a pas eu de projet ni de vision à offrir dans cette élection-là. Il y a aussi une insuffisance de travail collectif sur le fond.

 

Le PS peut-il survivre à cet échec?

Ce qui s’est passé dimanche confirme que le cycle d’Epinay est définitivement terminé et qu’un nouveau cycle s’ouvre. C’est à une nouvelle génération de le construire avec de nouvelles pratiques, de nouvelles idées. Nous devons reconstruire une vision de la société attrayante ; prendre à bras-le-corps la question démocratique -je pense notamment au nécessaire renversement de la logique institutionnelle, afin de défendre une nouvelle République avec une nouvelle Constitution et donc une nouvelle pratique du pouvoir - ; intégrer la question écologique dans notre logiciel ; promouvoir une approche européenne offensive ; créer enfin des vraies politiques de changement global en partenariat avec les gauches européennes.

Vous-même avez été battu dès le premier tour dans la deuxième circonscription du Lot-et-Garonne, comme plusieurs anciens membres du gouvernement. Avez-vous été victime du «dégagisme»?

C’est le résultat d’une vague profonde et nationale. J’ai augmenté de manière très significative le nombre de voix par rapport à l’élection présidentielle mais mon score ne me permet pas d’être au second tour au vu de la faible participation. Le PS n’apportant plus grand-chose au débat politique, des personnes ont préféré voter ailleurs ou ne pas voter du tout. Je resterai extrêmement engagé avec d’autres pour contribuer à reconstruire une gauche de gouvernement. Si vous me permettez enfin une remarque : quand on se bat pour des convictions, mieux vaut savoir perdre en étant en accord avec soi-même que de vouloir gagner à tout prix au risque de se renier.

Certains considèrent que ce résultat est imputable à François Hollande et à Manuel Valls, d’autres aux frondeurs… 

Chacun droit prendre sa part dans cet échec, plutôt que de dire «c’est la faute aux théoriciens des gauches irréconciliables», «la faute aux frondeurs»… Cela n’a pas grand intérêt. La responsabilité est collective, je m’y inclus. Il faut éviter deux écueils : la chasse aux sorcières et la recherche d’une personnalité providentielle. Le PS s’est transformé en juxtaposition d’écuries où le débat de fond a été dévoyé au profit des ambitions des uns et des autres. C’est totalement désastreux et cela s’est vu.

Que préconisez-vous pour reconstruire la gauche?

Il y aura besoin d’inventer une nouvelle gauche de gouvernement. Pour la première fois depuis 1958, la gauche de gouvernement ne sera pas présente à l’Assemblée nationale, ou alors de façon extrêmement réduite. C’est inédit, mais cela ne signifie pas que la gauche est absente de la société française. Rien ne serait pire pour le PS que de refaire un Congrès comme d’habitude avec des motions insipides qui n’aboutissent à rien et qui ne donnent envie à personne. Peut-être faut-il prendre le temps de préparer des grandes Assises de toute la gauche avec les clubs de réflexion, les initiatives des uns et des autres, les syndicalistes, les artistes, les intellectuels, toute la diversité de la société. Cela demande des mois de préparation, mais c’est très enthousiasmant.

Anne Hidalgo a lancé son mouvement, Benoît Hamon envisage de le faire le 1er juillet, vous-même avez créé «Movida»… N’y a-t-il pas un risque de «balkanisation» du PS?

La multiplication des initiatives dans les prochains mois peut être salutaire si nous évitons deux écueils : la cristallisation de courants ou d’écuries, et la stérilisation du débat de fond. Au contraire, si nous réussissons collectivement à nourrir le débat d’idée, ce sera très positif. Ensuite, il faut évidemment un cadre global pour débattre. C’est la question du parti. Si on recommence comme avant, on est sûrs d’aller dans le mur. L’idée qu’il y ait un collectif le plus large possible est indispensable pour la suite. Changer le nom du PS pour ne rien changer à l’intérieur pas exemple n’a pas grand intérêt. Mais si le PS change, il donnera à nouveau envie de voter pour lui.

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