Ministre de l'Intérieur
Conseiller régional de Nouvelle Aquitaine
Présidentielle – « Aucune menace n’est écartée »

Le ministre de l’Intérieur évoque l’organisation de la première élection présidentielle sous état d’urgence ainsi que les risques d’attentats et de débordements entre les deux tours.

Le premier tour, le 23 avril, sera le premier scrutin présidentiel organisé sous état d’urgence. Quelles menaces pèsent sur l’élection?

La menace est permanente et de haut niveau, comme en atteste la multiplication des actes à Londres, Stockholm et ailleurs. Nous n’avons de cesse de le répéter, d’adapter nos dispositifs et de contrecarrer : 19 interpellations antiterroristes ont ainsi eu lieu en mars. La France est une grande démocratie, et c’est aussi pour cette raison qu’elle peut faire l’objet d’attaques. Le ministère de l’Intérieur, qui est tout autant celui de la sécurité que celui des libertés, est entièrement mobilisé pour assurer le bon déroulement du scrutin.

Craignez-vous une attaque terroriste le jour du vote?

Aucune menace n’est écartée. Notre objectif est de permettre au suffrage universel de s’exprimer librement et sereinement. 67.000 lieux de vote seront ouverts. C’est une préparation d’une année. Sur le volet de la sécurité, plus de 50.000 policiers et gendarmes sont mobilisés. A quoi s’ajoutent les militaires de l’opération Sentinelle. J’ai adressé en ce sens une circulaire à l’ensemble des préfectures tant sur les mesures de prévention à prendre que sur les éventuelles interventions en cas de difficultés.

Faut-il redouter des troubles, notamment en cas de qualification de Marine Le Pen au second tour?

Dans cette campagne, il ne faut se fier à aucun pronostic. En revanche, nous anticipons toutes les possibilités. Mais quel que soit le scénario, la République ne saurait tolérer des troubles à l’ordre public. Les Français doivent pouvoir voter en toute sérénité. C’est la mission du ministère de l’Intérieur. Et c’est dans les urnes que doivent se trancher les grandes questions posées aux Français.

N’y a-t-il pas des risques, dans ce scénario, de violences de la part de l’ultragauche?

Nous prenons en compte toutes les hypothèses. Il peut y avoir des débordements venant d’extrémistes de tous bords. Mais nous envisageons aussi de fortes mobilisations citoyennes et sincères dont il faudra assurer le bon déroulement.

La menace d’un piratage informatique de l’élection vous préoccupe-t-elle?

Face aux risques de cyberattaque, j’avais déjà pris la décision de ne pas ouvrir les élections électroniques aux législatives pour les Français résidant à l’étranger, car les conditions de sécurité du vote n’étaient pas réunies. Cela complique forcément l’expression du suffrage pour nos compatriotes expatriés, mais il faut assurer la sincérité du scrutin.

Nous avons renforcé la sécurisation de la transmission des résultats pour la présidentielle

Et pour la présidentielle?

Nous avons renforcé la sécurisation de la transmission des résultats. Nous avons travaillé avec l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) pour mettre en place un système fiable. Le 31 mars, ce système a pu être homologué. Tous les résultats seront centralisés au ministère de l’Intérieur, et authentifiés.

Pourquoi n’y aura-t-il pas de matériel de campagne en Guyane pour le premier tour?

La décision de ne pas transmettre le matériel de propagande a été validée par la Commission nationale de contrôle de la campagne. Tout simplement parce que c’est matériellement impossible : avec les barrages, La Poste a beaucoup de difficultés à acheminer le courrier. Ne pouvant envoyer le matériel de chaque candidat partout de manière égale, il a été décidé de ne l’envoyer nulle part. Le matériel sera disponible dans les mairies et sur Internet.

L’incendie du camp de migrants de Grande Synthe ne risque-t-il pas d’avoir un effet sur l’élection, comme l’agression de « papy Voise » en 2002?

Il faut faire attention : dans cette affaire, il y a des criminels et des victimes. Nous serons intraitables avec ceux qui sont à l’origine de cet incendie criminel. Ils seront traduits en justice et éloignés du territoire français. Quant aux victimes, il est urgent de les reloger dans les meilleures conditions possible. En quelques jours, nous avons réussi, grâce à une mobilisation exceptionnelle au niveau national, à héberger la quasi-totalité des migrants victimes du sinistre, soit plus de 1.000 personnes.

Soutenez-vous toujours le candidat Hamon?

Je rappelle que tout le monde s’était engagé à respecter le résultat des primaires. J’ai également indiqué qu’il y avait beaucoup de choses très importantes dans le programme de Hamon : sur l’écologie de terrain, les mutations du travail, le renouveau démocratique, autant de sujets qui sont la gauche de demain. Et ce n’est pas parce que les sondages sont mauvais que je change d’avis. Cela dit, depuis ma nomination au ministère de l’Intérieur, j’ai quitté toutes mes responsabilités dans la campagne. Je suis mobilisé ici 24 heures sur 24.

Les services de police et de renseignement alimentent-ils le « cabinet noir » du Président, comme l’en accuse François Fillon?

Bien sûr que non! Nos forces de sécurité méritent d’être encouragées et soutenues. Que des responsables de premier plan s’abaissent à ce type de propos me paraît irresponsable.

Propos recueillis par David Revault d’Allonnes

Matthias-Fekl-Aucune-menace-n-est-ecartee
Retrouvez-moi