Ministre de l'Intérieur
Conseiller régional de Nouvelle Aquitaine
Interview au Républicain – Que devient donc Matthias Fekl ?

Après avoir été battu dès le premier tour des élections législatives sur la circonscription de Marmande, l’ancien secrétaire d’Etat au tourisme et commerce extérieur, devenu ministre de l’Intérieur durant deux mois, assurait qu’il resterait à Marmande.

Si cet été, il s’est fait discret sur la place publique locale, celui qui est toujours conseiller régional de Nouvelle Aquitaine a toujours une parole et une action politique.

Marmande…

Qu’avez-vous fait après les élections législatives et présidentielle ?

Matthias Fekl : je suis redevenu magistrat, le métier que j’exerçais avant d’être parlementaire. Début 2018, je deviendrai avocat spécialisé en droit public, une matière que j’enseignais à Sciences Po. Ce métier me permettra de continuer à bénéficier de ma liberté de penser, à exercer ma liberté de parole et d’action, avec un engagement public national, régional et local dans les années à venir.

Où allez-vous exercer ?

Je vais intégrer un cabinet à Paris, qui travaille sur des dossiers dans toute la France.

Mais allez-vous rester à Marmande ?

Bien sûr, la question ne s’est même jamais posée ! Depuis plus de 10 ans, je m’engage avec passion sur le terrain, et je suis toujours au Conseil régional aux côtés d’Alain Rousset. Pour moi, les choses ont commencé à Marmande et elles continueront à Marmande.

Après la défaite aux législatives, beaucoup se posaient pourtant la question.

Bien sûr, les élections de juin n’ont pas donné le résultat escompté. Mais je reçois encore beaucoup de demandes, je les soutiens. Il reste beaucoup à faire à Marmande. Et je travaille très étroitement avec l’actuel groupe d’opposition municipale, mais aussi avec Jacques Bilirit et Pierre Camani.

Est-ce à dire que vous préparez les élections municipales de 2020 à Marmande ?

Je m’engagerai très fortement pour l’avenir de Marmande, c’est une ville, comme le département du Lot-et- Garonne, que j’aime, auxquels je suis fidèle. Cette question-là viendra le moment venu. Mais les 2/3 du mandat actuel sont presque achevés, et les résultats se font attendre. Par exemple, l’idée de revitaliser le centre-ville est louable, mais ce n’est pas réussi. Ce sont les citoyens qui me le disent. Les choses se jugent à la fin d’un mandat.

La gauche ? 

Vous êtes-vous « remis » de votre défaite aux législatives ?

Oui, j’ai tourné la page. Je savais qu’en partant en candidat de la gauche, les élections étaient quasi- ment perdues d’avance. Même si nous nous sommes bien battus, les probabilités de perdre étaient infiniment plus grandes que celles de gagner. Mais je me bats pour des idées, des convictions, et je ne fais pas par- tie de ceux qui tournent avec le vent. Je ne vise personne… Vous ne parlez pas de déception…

Quand vous perdez, c’est dur, et ça l’a été aussi pour Régine Povéda, dont je salue le combat. Je n’avais jamais vu autant de mobilisation dans une campagne, mais c’est la démocratie, avec ses règles du jeu. On peut ap- prendre de ses défaites, et personne n’est titulaire de ses mandats.

Vous connaissez bien l’actuel président, lui aussi ex-membre du gouvernement de François Hollande.

S’il a été élu de manière aussi im- portante, c’est pour faire barrage à l’extrême droite : M. Macron et tous les parlementaires feraient bien de ne pas oublier ce message. Le président n’a pas reçu, me semble-t-il, de blanc seing pour supprimer le droit du travail par exemple… Nous avons besoin d’être un pays fier de son modèle social, sans inégalité, et c’est pour cela que l’égalité des territoires est nécessaire. Or, on sait très bien que les premiers oubliés sont des territoires comme le nôtre. L’actuelle majorité travaille pour ceux qui vont bien, qui ont beaucoup et qui vivent généralement au cœur des grandes villes.

Etes-vous toujours un homme de gauche ?

Bien sûr que je suis un homme de gauche, ce qui ne m’a jamais empêché de travailler avec des gens de bords différents ! Et ce n’est pas la même chose de dire que tout est pareil… Ni l’ambiguïté, ni le sectarisme ne font partie de mon engagement politique.

Travaillez-vous toujours à la reconstruction du Parti Socialiste ?

Oui, nous avons d’ailleurs eu un séminaire en Lot-et-Garonne début décembre, et il y aura un congrès très important en début d’année pro- chaine. S’il se passe bien, nous pourrons reconstruire autre chose. En France, nous avons besoin d’une alternative ; la stratégie d’Emmanuel Macron, qui consiste à faire croire que la seule opposition est l’extrême droite, est dangereuse. Oui, la gauche française comme les gauches européennes traversent une crise. Il faut une gauche de transformation, une gauche crédible dans la mondialisation, attachée à l’ancrage européen de la France, luttant contre les inégalités, et qui rénove en profondeur notre démocratie dans différents domaines. Et à travers mon mouvement, Movida, je continuerai à alimenter la réflexion. Il faudra se ras- sembler contre le mouvement de droite d’Emmanuel Macron, que je comparerais à une UDF relookée.

Parlez-nous un peu de vos expériences de secrétaire d’Etat puis de ministre. 

C’est un grand honneur d’être au gouvernement. Au secrétariat d’Etat, j’ai défini une stratégie commerciale qui peut guider notre démocratie au- delà des alternances. Je tiens à dire que lorsque je suis arrivé au gouvernement, les discussions sur le CETA étaient achevées, mais j’ai pu obtenir notamment l’interdiction des tribunaux d’arbitrage privé et l’accord de Paris pour que l’écologie soit prise en compte. J’ai aussi été le premier membre d’un gouvernement à de- mander la fin du TAFTA face à des pressions considérables dans le monde entier.

Du temps et du recul

Le Ministère de l’Intérieur, c’est le cœur de la République, de l’Etat, en plein état d’urgence et au moment de l’élection présidentielle. Ce fut une période brève, mais d’une très grande intensité, avec, entre autres, le bon déroulé de la présidentielle, l’attentat déjoué de Marseille, mais aussi, malheureusement, le tragique attentat sur les Champs Elysées qui a coûté la vie au jeune policier, Xavier Jugelé.

C’est aussi le désarmement d’ETA, que nous avons réussi à accompagner je crois, même s’il reste peut-être des armes, ou encore la crise en Guyane. J’ai expulsé le frère de Tariq Rama- dan, Hani, antisémite et homophobe, et fermé la mosquée de Torcy pour radicalisation. Et au niveau local, je voudrais rappeler l’engagement pour la nouvelle caserne de gendarmerie de Tonneins.

Voyez-vous toujours François Hollande ?

Je l’ai revu à plusieurs reprises depuis la fin du quinquennat. Je pense que les médias font preuve d’une complaisance envers l’actuel gouvernement qui est l’exact contraire de la malveillance et de l’hostilité permanente auxquels François Hollande a fait face pendant cinq ans.

N’avez-vous pas perdu le sens des réalités en travaillant sous les ors de la République ? 

Quand vous avez des fonctions au gouvernement, c’est l’expression consacrée. Mais ici, à Marmande, j’ai beaucoup de cordes de rappel, et si jamais ma tête avait trop enflé, j’aurais vite été rappelé à la réalité ! Ce qui est positif dans le pouvoir, c’est ce qu’il vous permet de faire. Et quand on s’engage dans la vie pubique, servir son pays au gouvernement, c’est un aboutissement. Mais ma vie personnelle est restée ce qu’elle était avant, et je n’ai pas l’impression que mon rapport aux gens ait changé.

Et… vous allez bien ?

Ça va très bien, merci ! A vous de juger ! Pour la première fois en plus de 10 ans, j’ai un emploi du temps qui ne se compte pas en séquences de 15 minutes, ce qui m’a permis de prendre du temps, du recul et de me consacrer à mes proches.

par Marie-Pierre Caris

Matthias Fekl présentera ses vœux le jeudi 25 janvier à 19h,salle Damouran à Marmande, lors d’une cérémonie ouverte à tous.

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