Ministre de l'Intérieur
Conseiller régional de Nouvelle Aquitaine
Entretien au JDD – « Retour d’Ukraine »

Pour le JDD, il explique les raisons de sa venue en Ukraine, ses craintes et espoirs pour la région après l’arrivée du nouveau président américain à la Maison-Blanche 

Matthias Fekl devant un check-point de Marioupol, accompagné du maire de la ville, de l'OSCE et des médias ukrainiens pour témoigner du soutien de la France

Matthias Fekl devant un check-point de Marioupol, accompagné du maire de la ville, de l’OSCE et des médias ukrainiens pour témoigner du soutien de la France

Quel est le but de votre déplacement en Ukraine ?

Il avait deux motifs : l’un concerne la diplomatie économique. L’autre était de réaffirmer la présence française et européenne en Ukraine et l’attention que nous portons à la situation dans le Donbass. Ce qui se joue dans cette région, c’est la guerre ou la paix aux portes de l’Europe. Ce qu’il s’y passe est aussi une agression contre l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Mais il semblerait que ce soit plutôt les forces ukrainiennes qui soient à l’offensive ces jours derniers…

Il ne s’agit pas d’accuser un seul acteur. Les accords de Minsk sont un engagement international qui fait peser des obligations sur les deux parties. Chacun a pleinement connaissance de ses obligations internationales et j’ai rappelé celles-ci aux autorités ukrainiennes à chacun de mes entretiens cette semaine.

 

Matthias Fekl ce jeudi matin, dans le village de Sopyne

Matthias Fekl ce jeudi matin, dans le village de Sopyne, en compagnie de l’OSCE

L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui ne s’est pas montré très rassurant à l’égard de l’Ukraine, ne change-t-elle pas la donne ?

La principale caractéristique du nouveau président américain est, chacun en convient, son imprévisibilité et son impulsivité. Cela fait effectivement peser de grandes incertitudes dans le monde entier.

Cela vous fait inquiète ?

Cette situation force l’Europe à devenir enfin un acteur à part entière des relations internationales. Nous allons probablement assister à un retrait des Etats-Unis des affaires du monde avec, de temps à autres, des interférences ponctuelles répondant à une logique de défense de leurs intérêts nationaux immédiats. Face à cela, l’Europe et à la France doivent plus que jamais être un facteur de stabilité dans le monde.

Mais l’Europe peut-elle quelque chose face un possible axe Poutine-Trump?

Bien sûr qu’elle le peut. Elle peut devenir demain le premier continent qui pose les règles pour soumettre la mondialisation au respect des droits sociaux et humains et qui intègre pleinement l’écologie dans son modèle de production…

Messages que ne porte pas Donald Trump ?

Trump a prospéré sur la détresse des classes populaires et classes moyennes américaines, frappées par des années de néo-libéralisme et de dérégulation. Mais la réponse qu’il apporte n’est pas la bonne. Regardez l’administration qu’il met en place: l’extrême droite présente partout, des climatosceptiques… Désigner à coup de tweets des coupables idéaux, livrer à la vindicte populaire un jour les musulmans, le lendemain une partie de la population ou un pays, ne font pas non plus une politique. Cela fait peser un très fort risque d’instabilité sur le monde.

Comment jugez-vous le protectionnisme économique façon Trump ?

Imaginer qu’un pays possède un avenir en se coupant du reste du monde ne correspond à aucune réalité. Face à cela, l’Europe doit en revanche savoir peser sur la mondialisation, et sortir de sa « servitude volontaire » vis-à-vis des Etats-Unis.  Elle doit mettre un terme à la naïveté dont elle fait parfois preuve et appliquer pleinement le principe de réciprocité dans ses relations économiques.

Sauf que Trump semble décidé à fragiliser une Europe déjà divisée. Comment l’en empêcher ?

Raison de plus pour que l’Europe s’affirme comme une puissance politique, économique et commerciale. L’essentiel, comme Jean-Marc Ayrault l’a rappelé, est de préserver l’unité européenne. Nous devons également permettre aux pays européens, notamment à l’Est, qui sont aujourd’hui très dépendants des Etats-Unis de l’être moins demain. C’est tout le sens du défi que représente l’Europe de la défense. Après il y a besoin aussi de construire l’Europe des différents cercles. Evoquée depuis de longues années, l’intégration européenne différenciée que j’appelle de mes vœux est désormais une urgence.

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